Feist, l’Ă©quilibriste

07/12/2011

Ça commence Ă  faire un bout, depuis que j’ai fait de la critique de spectacle. Surtout sur le vif, le soir mĂŞme du concert.

Mais lĂ , c’Ă©tait trop exceptionnel, je ne peux pas m’empĂŞcher de revenir sur le spectacle donnĂ© ce soir au Grand Théâtre de QuĂ©bec par Feist et sa joyeuse bande de musiciens singuliers et polyvalents – un batteur qui peut y aller en douceur ou frapper fort comme un Dave Grohl Ă©poque Nirvana, un claviĂ©riste fort sur les effets qui peut aussi prendre une guitare ou mĂŞme la batterie avec aisance, un bassiste qui peut faire des percussions Ă©tranges avec un archet de violon et jouer un bout de flugelhorn, ainsi que trois choristes singulières qui travaillent  habituellement sous le nom de Mountain Man.

D’Undiscovered First, peut-ĂŞtre la plus puissante de Metals, en ouverture, Ă  Let It Die, en fin de rappel (avec des couples montĂ©s sur scène pour danser collĂ©s, Ă  l’invitation de la chanteuse), le voyage Ă©tait remarquable et plein d’inattendus, de transformations de chansons menĂ©es avec doigtĂ© et finesse. Un Mushaboom dĂ©pouillĂ© et bien rythmĂ©, presque incantatoire. Comfort Me, passant du dĂ©pouillement d’ouverture (guitare acoustique et voix seule) Ă  un vĂ©ritable dĂ©chaĂ®nement de rythme carrĂ© et d’unitĂ© de tous les musiciens. Un My moon, my man rĂ©inventĂ©, dĂ©bordant de rythme, de virtuositĂ© et d’intensitĂ©. Un When I was a young girl livrĂ© Ă  la White Stripes (guitare et batterie seulement), avec des inversions rythmiques sidĂ©rantes. Et ce ne sont lĂ  que quelques exemples.

Au travers de tout ça, on s’Ă©tonne de voir comment les chansons, poussĂ©es aussi loin de leurs motifs d’origine, tant au chapitre des tonalitĂ©s que des arrangements et du rythme, tiennent encore sur leurs jambes et rĂ©ussissent Ă  trouver leur centre, Ă  toujours garder leur Ă©lĂ©ment essentiel, leur moteur propre. C’est ce qui transforme les concerts de Feist en vĂ©ritable aventure, ce qui leur donne une direction et une couleur si uniques et si sĂ©duisantes.

En plus, il y a plein de trucs qui ne devraient pas vraiment marcher, lĂ -dedans. Les effets de vidĂ©o sont parfois un peu faciles, avec des surimpressions un peu Ă©tranges et un brin datĂ©es. Les trois choristes, les Mountain Man en robes surannĂ©es, sont un brin Ă©tranges, par moments: des ovnivocalistes. Un tel assemblage, combinĂ© Ă  la façon de transformer les chansons – surtout les plus connues – de façon parfois radicale, font de tout ça un assemblage potentiellement hĂ©tĂ©roclite. Et pourtant, tout ça se tient, une fois mis ensemble, autour de la personnalitĂ© magnĂ©tique et exubĂ©rante de Leslie Feist. La performance trouve un souffle et un Ă©quilibre tout Ă  fait particulier – son Ă©quilibre bien Ă  elle. Et c’est ce qui rend les rendez-vous avec Feist si remarquables.

Pour vous donner une idée de ce travail, regardez ce clip de My Moon, My Man en spectacle, dans le cadre de la tournée actuelle. Un extreme makeover de toute beauté.

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