Feist, l’équilibriste

Ça commence à faire un bout, depuis que j’ai fait de la critique de spectacle. Surtout sur le vif, le soir même du concert.

Mais là, c’était trop exceptionnel, je ne peux pas m’empêcher de revenir sur le spectacle donné ce soir au Grand Théâtre de Québec par Feist et sa joyeuse bande de musiciens singuliers et polyvalents – un batteur qui peut y aller en douceur ou frapper fort comme un Dave Grohl époque Nirvana, un claviériste fort sur les effets qui peut aussi prendre une guitare ou même la batterie avec aisance, un bassiste qui peut faire des percussions étranges avec un archet de violon et jouer un bout de flugelhorn, ainsi que trois choristes singulières qui travaillent  habituellement sous le nom de Mountain Man.

D’Undiscovered First, peut-être la plus puissante de Metals, en ouverture, à Let It Die, en fin de rappel (avec des couples montés sur scène pour danser collés, à l’invitation de la chanteuse), le voyage était remarquable et plein d’inattendus, de transformations de chansons menées avec doigté et finesse. Un Mushaboom dépouillé et bien rythmé, presque incantatoire. Comfort Me, passant du dépouillement d’ouverture (guitare acoustique et voix seule) à un véritable déchaînement de rythme carré et d’unité de tous les musiciens. Un My moon, my man réinventé, débordant de rythme, de virtuosité et d’intensité. Un When I was a young girl livré à la White Stripes (guitare et batterie seulement), avec des inversions rythmiques sidérantes. Et ce ne sont là que quelques exemples.

Au travers de tout ça, on s’étonne de voir comment les chansons, poussées aussi loin de leurs motifs d’origine, tant au chapitre des tonalités que des arrangements et du rythme, tiennent encore sur leurs jambes et réussissent à trouver leur centre, à toujours garder leur élément essentiel, leur moteur propre. C’est ce qui transforme les concerts de Feist en véritable aventure, ce qui leur donne une direction et une couleur si uniques et si séduisantes.

En plus, il y a plein de trucs qui ne devraient pas vraiment marcher, là-dedans. Les effets de vidéo sont parfois un peu faciles, avec des surimpressions un peu étranges et un brin datées. Les trois choristes, les Mountain Man en robes surannées, sont un brin étranges, par moments: des ovnivocalistes. Un tel assemblage, combiné à la façon de transformer les chansons – surtout les plus connues – de façon parfois radicale, font de tout ça un assemblage potentiellement hétéroclite. Et pourtant, tout ça se tient, une fois mis ensemble, autour de la personnalité magnétique et exubérante de Leslie Feist. La performance trouve un souffle et un équilibre tout à fait particulier – son équilibre bien à elle. Et c’est ce qui rend les rendez-vous avec Feist si remarquables.

Pour vous donner une idée de ce travail, regardez ce clip de My Moon, My Man en spectacle, dans le cadre de la tournée actuelle. Un extreme makeover de toute beauté.

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